03 juin 2007

La campagne de rentrée: déjà?

Je vois déjà des sourcils se lever: encore une campagne? après la présidentielle, les législatives? Oui, ç'en est une de campagne, mais celle-ci est réservée aux éditeurs et aux libraires. Traditionnellement (je ne sais pas à quand remonte la tradition), les diffuseurs et éditeurs indépendants, chaque année en mai/juin, lancent leur campagne. Elle s'appelle "campagne de rentrée". Elle consiste à proposer aux libraires de stocker, dès maintenant, des livres qu'ils vendront jusqu'en novembre...et ne paieront qu'en décembre. Les libraires bénéficient aussi, à cette occasion, d'une surremise (allant de +2 à +5%, selon). Les libraires bénéficient aussi, pour l'occasion, d'une "faculté de retour ", parfois 'intégrale". En contrepartie, ils s'engagent à prendre des grandes quantités.

Pour les éditeurs et diffuseurs, la campagne de rentrée présente un intérêt évident: elle leur permet de mettre en place une grande quantité de livres, visibles par tous les clients des librairies et donc susceptibles d'être mieux vendus. Il y'a aussi un avantage caché, celui de savoir, à l'avance, en fonction des quantités mises en place, s'il y'a lieu ou non d'ajuster les tirages, voire de procéder à des réimpressions, pour certains titres. L'avance en trésorerie n'est pas anodine et attention à l'effet boomerang des retours !

Pour les libraires, on aurait tendance à penser "c'est tout bénéf" mais pas si sûr. En effet, il leur faut gérer leur trésorerie parce que, en fin d'année, des sommes importantes seront réglées aux éditeurs. Le libraire doit aussi "repousser les murs" de sa librairie s'il veut, à la fois, stocker les ventes "à rotation rapide" (qui sont "tout bénéf") et laisser un peu de place à ses coups de coeurs et, qui sait, aux best-sellers de demain. Enfin le libraire devra

  • Gérer les retours, le moment venu. Par anticipation, il lui revient de faire preuve de discernement dans les commandes qu'il passe à cette occasion
  • Veiller à éviter la "démarque inconnue" qui peut lui coûter cher

En outre, la campagne de rentrée est l'occasion d'un petit jeu entre éditeur et libraire, un jeu qui a créé une vraie connivence au fil des ans. En général, quand le repré appelle pour prendre rendez-vous pour la "campagne de rentrée", il précise au libraire:"Tu auras le temps de manger un morceau après"? Direction le restaurant, parfois modeste (suivant les moyens de l'éditeur) mais qu'importe le vin, pourvu qu'on ait l'ivresse !

Le petit jeu se répète chaque année et, de part et d'autre, on feint d'y croire:

-Nous sortons un nouveau titre sur la motivation des managers, je t'en mets combien?

-Euh, pas trop parce que, qu'est-ce que j'veux dire, vous n'êtes pas seuls sur ce créneau; on a beaucoup de choses maintenant en PNL.

-Oui, mais l'auteur enseigne à X et nous avons prévu une grosse campagne de presse.
-Bon allez, tu m'en mets 1? on va essayer

-Un exemplaire, je te le garantis, il est noyé dans ton rayon. Prends-en 3, c'est possible.

-Bon allez, note m'en 3. Mais tu sais, on pourra pas repousser les murs...

Et ainsi va l'univers de l'édition au point que, me dit-on, même les acheteurs "purs et durs" des grandes surfaces culturelles, ne peuvent plus s'en passer.

Posté par marionline à 12:40 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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